Goma : le commerce de la viande en difficulté face à la crise économique

À Goma, le commerce de la viande, autrefois florissant, traverse aujourd’hui une période particulièrement difficile. La baisse des ventes, l’instabilité du taux de change de dollar et la diminution du pouvoir d’achat des consommateurs pèsent lourdement sur les bouchers et les revendeurs. Les commerçants peinent à écouler leurs produits, tandis que les clients, confrontés à des difficultés économiques, réduisent considérablement leurs achats.

À l’abattoir de Kituku par exemple, situé dans le quartier Kyeshero, l’odeur du sang et de la viande fraîche se mêle désormais à celle de l’inquiétude. Jadis animé par le va-et-vient des clients et des vendeurs, le lieu paraît morose ce mercredi 12 novembre.

Dans l’une des boucheries de cet abattoir, Madame Gisèle, commerçante connue pour sa persévérance, s’approvisionne en viande fraîche. Depuis quelques mois, son commerce ne rapporte plus comme avant. « Nous faisons notre travail de vente de la viande, mais aujourd’hui, les choses ne marchent plus comme avant. Il n’y a pas de circulation d’argent, nos clients n’achètent plus et nous ne savons plus comment vivre », dit-elle, visiblement déçue.

Elle souligne que la baisse du pouvoir d’achat et l’instabilité du taux de change de dollar aggravent davantage la situation. « Nous traversons beaucoup de difficultés quand nous allons acheter de la viande. Tout se fait en dollars, mais une fois au marché, les clients paient le dollar à 2 100 ou 2 200 Francs congolais. Nous sommes obligés de rabattre nos prix, ce qui nous cause des pertes », confie-t-elle.

Pour faire face à ces défis quotidiens, Madame Gisèle reçoit le coup de main de son mari. Grâce à son aide, elle parvient à renforcer son capital et à maintenir son commerce à flot, malgré les pertes et la pression constante des fluctuations du marché.

« Mon mari se débrouille pour que nous puissions survivre. Le peu qu’il trouve, il m’aide à le réinvestir dans le commerce lorsque je risque la faillite. C’est ce qui me permet de continuer à travailler », ajoute-t-elle.

Contacté à ce sujet, Monsieur Innocent Munani, directeur de la Société abattoir de Goma (SABAGO), évoque le pillage massif de bétail dans la région de Masisi lors des récents conflits armés. Selon lui, cette insécurité a fortement perturbé l’approvisionnement en viande dans la ville de Goma.

Il est à noter qu’avant la crise socio-économique, environ 30 vaches étaient abattues chaque jour. À ce jour, le chiffre a chuté à 10, voire parfois 5 seulement, une situation qui touche non seulement les vendeurs de viande, mais aussi le personnel de l’abattoir.

Munguiko Thierry Horneyssie

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