Kirumba : le commerce de roseaux résiste face à la raréfaction de la ressource

À Kirumba, dans le territoire de Lubero, le commerce des roseaux continue de faire vivre de nombreuses familles grâce à la forte demande en matériaux destinés à la construction de maisons semi-durables. Toutefois, cette activité, en plein essor, est confrontée à d’importants défis, notamment la raréfaction de roseaux, les difficultés d’approvisionnement et la dégradation des voies d’accès.

Dans plusieurs quartiers de la commune de Kirumba, les points de vente de roseaux attirent quotidiennement des clients venus s’approvisionner pour leurs travaux de construction. Les négociations entre vendeurs et acheteurs rythment l’activité, témoignant de l’importance de ce commerce dans l’économie locale.

Installé près de la paroisse francophone de la CBCA Kirumba, Muhindo Stariko affirme que la vente de roseaux constitue aujourd’hui sa principale source de revenus. Il explique que cette activité lui permet de subvenir aux besoins de sa famille et de développer progressivement son foyer.

« Ce travail m’aide à résoudre plusieurs problèmes. J’ai des clients fidèles qui me contactent régulièrement. C’est devenu mon métier et je ne peux plus l’abandonner, car il fait vivre ma famille », confie-t-il.

À Kasando 2, un autre vendeur, Bwakyanakazi, dresse cependant un constat plus nuancé. Selon lui, la clientèle a considérablement diminué depuis le début du conflit armé dans la région.

« Le commerce ne marche plus comme avant. Beaucoup de clients ont fui la guerre. Malgré tout, il vaut mieux travailler que rester sans activité », souligne-t-il.

Les difficultés ne se limitent pas à la baisse de la clientèle. Kakule Moïse, propriétaire d’une agence de vente de roseaux à Luvika, évoque plusieurs obstacles qui compliquent l’exercice de cette activité.

« Nous faisons face au vol des roseaux, au mauvais état des routes et au manque de fournisseurs. Les roseaux proviennent désormais de très loin. Nous demandons aussi aux personnes qui incendient les brousses d’arrêter, car cela détruit cette ressource. C’est un véritable calvaire », déplore-t-il.

Selon les commerçants, les roseaux commercialisés à Kirumba sont désormais acheminés depuis des sites situés à plus de 40 kilomètres au sud-ouest de la commune, notamment dans la vallée de Bunama, à Kaghumo ainsi que dans plusieurs localités de Miriki. Ils attribuent la raréfaction de cette ressource aux feux de brousse répétés et à son exploitation intensive.

Malgré les nombreuses contraintes, le commerce des roseaux demeure une activité économique essentielle pour plusieurs ménages de Kirumba. Les vendeurs appellent toutefois à une meilleure protection des zones de production, à l’amélioration des infrastructures routières et à une gestion durable de cette ressource afin d’assurer la pérennité de cette filière, indispensable au secteur local de la construction.

Origène Musubao

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