Santé Rutshuru : face aux traumatismes de la guerre, l’appel des experts aux familles Admin Admin22 juillet 20260155 views Si les conflits armés laissent des destructions matérielles visibles, ils engendrent également des blessures invisibles qui affectent durablement la santé mentale des populations. Dans le territoire de Rutshuru, de nombreuses personnes continuent de vivre avec les traumatismes psychologiques causés par les violences, les déplacements forcés et la perte de leurs proches. À l’occasion d’un entretien accordé le 17 juillet aux reporters de Habari za Mahali, le psychologue Kizito Déogratias a appelé les familles et les communautés à accorder davantage d’attention à la santé mentale. Selon Kizito Déogratias, les années de crise sécuritaire ont profondément affecté le bien-être psychologique de nombreux habitants de Rutshuru. Les violences répétées, l’insécurité, les déplacements de population et les deuils successifs ont laissé des séquelles qui perturbent le quotidien et les relations sociales de nombreuses victimes. Le psychologue souligne que plusieurs signes doivent alerter les familles. Il cite notamment l’isolement soudain d’une personne habituellement sociable, des changements brusques de comportement, des accès de colère inexpliqués, une anxiété persistante, des cauchemars récurrents, une profonde tristesse ou encore des propos traduisant le désespoir. « Beaucoup de personnes développent de l’anxiété, des cauchemars, une tristesse profonde et un sentiment permanent d’insécurité qui perturbent leur vie sociale. Il y a aussi des personnes qui s’isolent soudainement, changent brutalement de comportement ou tiennent des discours de désespoir, en disant par exemple : « Je ne vois plus mon avenir, je ne sers plus à rien » », explique-t-il. Malgré ces signes, de nombreuses familles tardent encore à demander une assistance psychologique. Pour Kizito Déogratias, cette situation s’explique par la stigmatisation des troubles mentaux, le manque d’information, certaines croyances culturelles ainsi que l’accès limité aux services spécialisés. Le spécialiste rappelle toutefois que les traumatismes psychologiques ne doivent pas être considérés comme une faiblesse. « Les séquelles psychologiques ne sont pas une faiblesse. Ce sont des réactions normales chez une personne normale confrontée à des événements anormaux. Les personnes concernées ne doivent pas se culpabiliser. Ce qu’elles vivent est difficile, mais cela peut être surmonté avec un accompagnement adapté », renseigne-t-il. Il encourage les victimes à parler de leurs souffrances et à solliciter un soutien psychologique afin d’entamer un processus de guérison. Face aux traumatismes laissés par les conflits armés, la reconstruction ne se limite pas aux infrastructures : elle passe également par la guérison des blessures psychologiques. Les spécialistes invitent les familles, les leaders communautaires et les autorités à briser le silence autour de la santé mentale, à lutter contre la stigmatisation et à faciliter l’accès aux services de prise en charge. Une meilleure attention portée au bien-être psychologique contribuera à redonner espoir aux personnes affectées et à renforcer la résilience des communautés. Dieu-Merci Mumbere