Crise humanitaire au Sud-Kivu : Le lourd tribut payé par les orphelins de guerre

À l’occasion de la Journée mondiale des orphelins de guerre, célébrée le mardi 6 janvier, la situation des enfants orphelins dans plusieurs territoires du Sud-Kivu suscite une vive inquiétude. Entre malnutrition, abandon scolaire et absence d’assistance humanitaire, ces enfants demeurent parmi les populations les plus vulnérables dans un contexte d’escalade des conflits armés.

Selon les alertes lancées par plusieurs organisations locales, notamment l’Initiative pour le Progrès du Congo (IPECO), de nombreux orphelins souffrent de malnutrition sévère dans plusieurs villages du territoire de Kalehe, précisément à Ramba, Mwinga, Kachiri, Karasi et Tchikoma, dans le groupement de Mubuku, zone de santé de Bunyakiri. Ces enfants, souvent déplacés, vivent sans accès suffisant à la nourriture, aux soins de santé et à un abri adéquat.

L’orphelinat COFREM débordé à Bukavu

Dans la ville de Bukavu, l’orphelinat COFREM, situé dans la commune de Bagira, fait face à une situation alarmante. Depuis février 2025, ce centre a accueilli plus de 150 nouveaux enfants orphelins fuyant les violences armées dans différents territoires du Sud-Kivu. Une charge devenue difficile à supporter pour cette structure déjà fragilisée.

« La prise en charge des enfants est devenue extrêmement compliquée. Nous manquons de nourriture, de médicaments et de moyens financiers. Beaucoup d’enfants en âge scolaire ont dû abandonner l’école faute de frais », déplore le pasteur Jérémy, responsable de l’orphelinat COFREM.

Il rappelle que, juridiquement, l’enfant relève de la responsabilité de l’État, qui a le devoir de garantir ses droits fondamentaux : alimentation, éducation, soins de santé, habillement et protection juridique. Il appelle également les organisations humanitaires nationales et internationales, dont l’UNICEF, à intervenir d’urgence pour sauver ces enfants livrés à eux-mêmes.

Des orphelins livrés à la précarité à Kabare

Dans le territoire de Kabare, la situation n’est guère meilleure. De nombreux enfants orphelins vivent au sein de familles déplacées ou dans des orphelinats surpeuplés, sans moyens de subsistance. Leur quotidien est marqué par la faim, le manque de vêtements, l’absence de scolarité et une grande insécurité sociale.

« Nous avons besoin de tout, nourriture, habits, école, formations professionnelles. Nous souffrons parce que nous n’avons personne pour nous aider », témoigne Jolina, orpheline de père et de mère.

Ces enfants lancent un appel pressant aux organisations humanitaires afin de leur offrir une chance de poursuivre leur éducation et d’acquérir des compétences pour se prendre en charge à l’avenir.

Malnutrition aiguë et risques sanitaires à Kalehe

A Ramba et dans plusieurs groupements de la zone de santé de Bunyakiri dans le territoire de Kalehe, les enfants orphelins et déplacés font face à une malnutrition aiguë sévère. Selon Ajuakali Fraternelle, coordonnateur de l’ASBL Union pour le Progrès du Congo, ces enfants vivent dans des conditions inhumaines, exposés aux intempéries, sans abris ni assistance médicale.

« Plusieurs enfants passent la nuit à la belle étoile. Les structures sanitaires locales sont incapables de les prendre en charge. Cette situation a déjà entraîné des maladies et des décès », alerte-t-il, appelant l’UNICEF et d’autres ONG à une intervention immédiate.

Signalons que la situation des orphelins au Sud-Kivu a atteint un seuil critique. Dans une région meurtrie par les affrontements, ces enfants sont les premières victimes d’une détresse humanitaire accentuée par l’absence de soutien adéquat. L’heure est à la mobilisation générale : acteurs internationaux et autorités nationales sont interpellés pour offrir une réponse immédiate à ces cris restés trop longtemps sans écho, afin de bâtir, malgré les décombres, un avenir pour ces jeunes vies.

Gisèle Bashwira

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