Goma : les AVEC essoufflées par une année 2025 de crises multiples

Le moteur de l’économie communautaire a raté son démarrage. Alors que l’année 2026 s’ouvre, de nombreuses Associations villageoises d’épargne et de crédit peinent à lancer leur nouveau cycle. Ce blocage est l’héritage direct d’une année 2025 noire, marquée par une double crise économique et sécuritaire qui a non seulement conduit à la fermeture de banques classiques, mais aussi asphyxié les petites bourses.

Le bilan du cycle précédent est lourd. L’instabilité sécuritaire a paralysé les échanges, rendant le remboursement des micros-crédits presque impossible pour de nombreux ménages. Selon les responsables de ces structures, le nœud du problème réside dans les dettes non apurées. Sans le retour de ces capitaux, les caisses sont vides pour amorcer les nouveaux prêts de 2026, essentiels au financement de petites Activités génératrices de revenus (AGR).

Face à cette problématique, les gestionnaires des AVEC ont dû improviser. Madame Espérance Nabintu, qui supervise trois associations à Goma, témoigne de la complexité de la clôture de 2025. Pour protéger l’épargne des membres, une mesure d’exception a été prise :

« Nous avons été contraints de maintenir le taux de change à 3 000 FC pour le calcul des intérêts, malgré la baisse du dollar en fin de cycle. C’était le seul moyen de limiter les pertes pour les épargnants », précise-t-elle.

L’autre signe de cette difficulté est la réduction du volume d’épargne. Des membres qui jonglaient autrefois avec cinq ou six carnets, ont dû réduire leur participation à deux ou trois, préférant la prudence à la suspension totale des activités.

Le redémarrage pour 2026 s’annonce comme un exercice d’équilibriste. Pour assainir les finances, les responsables envisagent des mesures radicales : l’exclusion des membres insolvables. L’enjeu est désormais de trouver de nouveaux adhérents, capables de reprendre les carnets abandonnés dans un contexte de précarité persistante.

Notons que bien que les AVEC restent un pilier de la résilience dans la ville de Goma, cette crise souligne leur fragilité face aux chocs macroéconomiques et sécuritaires qui frappent la région.

Annette Bahati

Related posts

Nyiragongo : le recours au secteur informel, stratégie de survie d’élèves

Rutshuru : l’économie des personnes vivant avec handicap en péril à Kiringa

Sud-Kivu : l’envolée des prix plonge des milliers de foyers dans la précarité