Kiwanja : le calvaire des familles retournées

Plusieurs mois après leur retour dans la cité de Kiwanja, au Nord-Kivu, de nombreux ménages n’arrivent toujours pas à joindre les deux bouts. Sans aucune assistance, ces familles subissent de plein fouet une crise économique qui rend la vie quotidienne insupportable. Pour survivre, certains chefs de famille tentent de lancer de petites activités, mais les obstacles restent immenses.

Madame Jeanine Twihoreye est l’une de ces personnes. Revenue à Kiwanja il y a près d’un an, elle se bat chaque jour en vendant du charbon de bois et des feuilles de manioc pour nourrir les siens.

« Nous sommes des retournés, mais nous avons tout perdu. Notre maison est vide, tout a été emporté. Pour survivre, nous vendons du sombe (feuilles de manioc, Ndlr) ou nous travaillons pour les autres. Sans cela, nous dormons le ventre vide.

Quand nous gagnons un peu d’argent, nous achetons un bassin de charbon de bois pour le revendre. Une fois le stock fini, nous devons attendre que le voisin nous donne un petit travail pour recommencer. Nous n’avons jamais reçu d’aide jusqu’à présent », témoigne-t-elle.

Comme Jeanine, beaucoup d’autres parents se heurtent à l’impossible relance de leurs activités économiques. Sur le terrain, les relais communautaires de l’aire de santé Umoja constatent que le principal outil de survie, la terre, n’est plus accessible. L’un d’eux explique :

« Quand nous parlons avec des retournés, beaucoup nous expliquent qu’ils n’ont plus de champs pour cultiver. Cela rend leur vie très difficile. Certains ont des compétences pour faire des travaux manuels, mais ils manquent de soutien. Ils auraient besoin de personnes pour les aider ou les orienter, par exemple avec de petites formations techniques. Une autre difficulté est que certains déplacés, à leur retour, ont découvert que leurs terres étaient déjà occupées et utilisées par d’autres personnes », rapporte-t-elle.

Face à cette situation, manger, se soigner et scolariser les enfants deviennent des priorités. Bienfait Rukera, Chef de la cité de Kiwanja, plaide pour une intervention urgente des partenaires humanitaires afin de soulager la population.

« Beaucoup de personnes qui avaient fui la guerre reviennent aujourd’hui, mais elles n’ont rien pu cultiver. Leurs anciens champs sont maintenant occupés par d’autres. Dans ces conditions, il est très difficile de trouver à manger, d’envoyer les enfants à l’école ou de s’occuper de la famille. Aujourd’hui, les médicaments coûtent trop chers dans les structures de santé. Nous demandons aux ONG d’apporter des médicaments pour soigner ces personnes gratuitement, car elles n’ont pas d’argent. Il faudrait aussi leur donner des semences ; car même si l’on finit par trouver un petit terrain pour cultiver, on n’a pas de semences », plaide-t-il.

En fin de compte, aucune aide humanitaire ni aucune distribution de semences ne pourra remplacer la seule chose dont ces familles ont réellement besoin : une paix durable. Tant que les armes ne se tairont pas définitivement, les champs resteront inaccessibles et l’avenir des enfants de Kiwanja demeurera incertain. Pour les populations, il est temps que les combats cessent pour que la vie reprenne son rythme normal.

Sophie Mavuta

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