Rutshuru : cri d’alarme des agriculteurs face au fiasco de la saison culturale A

La sécurité alimentaire est à nouveau menacée dans le Nord-Kivu. La saison culturale A 2025-2026 s’est soldée par une production largement insuffisante dans plusieurs villages de la chefferie de Bwisha, en territoire de Rutshuru. Cette situation préoccupante plonge des milliers de ménages agricoles dans l’incertitude, et fait planer le spectre d’une crise économique locale sans précédent.

Dans le bassin de production de Kahunga, autrefois considéré comme l’un des greniers de cette partie de la province, les récoltes sont dérisoires. Les cultures de base haricot, maïs et manioc essentielles tant pour la consommation domestique que pour l’approvisionnement des marchés urbains, ont été les premières touchées.

Le constat sur le terrain est sans appel. Un cultivateur de Kahunga confie : « Lors des saisons précédentes, un agriculteur pouvait récolter près de 40 sacs sur un hectare. Cette fois-ci, même les plus chanceux n’ont pas dépassé 15 sacs. Nous avons tout investi et nous nous retrouvons avec presque rien ».

 

Cette débâcle agricole n’est pas le fruit du hasard, mais la conséquence d’une conjoncture fatale. D’un côté, l’insécurité persistante limite l’accès aux terres les plus fertiles, forçant les paysans à travailler dans la peur ou à réduire les surfaces emblavées. De l’autre, le climat se montre de plus en plus imprévisible.

Des pluies diluviennes, parfois accompagnées de grêle, ont dévasté les jeunes pousses, tandis que des périodes de sécheresse inattendues ont stoppé net la croissance des plants survivants

Pour les experts, la lecture des événements confirme une fragilisation des systèmes de production traditionnels face aux aléas environnementaux. Josaphat Mungumwa, agronome au sein du Centre de Développement Rural (CEDERU) Kibututu, parle de la complexité de la situation.

« Les fortes précipitations détruisent les cultures par érosion ou asphyxie racinaire, tandis que les poches de sécheresse freinent leur développement physiologique. Sans oublier l’insécurité qui limite l’accès aux champs. Tout cela explique mathématiquement la faible production enregistrée cette saison », ajoute-t-il.

Malgré ce tableau sombre, des pistes de solution existent pour briser le cycle des récoltes infructueuses. L’expert de la CEDERU préconise un changement radical dans les méthodes de travail pour la saison B à venir.

Il encourage vivement les paysans à adopter des semences améliorées et résilientes aux cycles courts, ajuster les périodes de semis en fonction de nouvelles réalités climatiques, et renforcer l’organisation communautaire pour mutualiser les risques sécuritaires.

Face à l’ampleur de la situation, les agriculteurs de Bwisha ne peuvent plus faire face seuls. Ils lancent un appel aux autorités provinciales et aux partenaires internationaux pour une intervention d’urgence.

Notons que ces agriculteurs demandent une sécurisation effective des zones rurales, la distribution d’intrants agricoles de qualité pour compenser les pertes, et la mise en place de systèmes de prévision météorologique accessibles aux paysans. Sans un appui concret, la survie économique du territoire de Rutshuru pourrait être durablement compromise.

Sophie Mavuta

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