Après la suspension du trafic des voitures taxis et des marchandises sur la route Butembo-Goma par l’administration de l’AFC/M23, les chauffeurs de transport en commun se retrouvent au chômage. Certains d’entre eux, rencontrés mercredi 9 juin en ville de Butembo, racontent leur calvaire pendant cette période d’arrêt du trafic. Pour les autorités en place, cette décision vise à prévenir la maladie à virus Ebola, après la multiplication des cas positifs dans le Grand Nord.
Depuis la suspension du trafic sur la route Butembo-Goma, les parkings des agences de voyage de la ville de Butembo empruntant cet axe, autrefois remplis de véhicules de transport en commun et de clients, sont aujourd’hui presque vides. Les rares chauffeurs qui s’y rendent passent leurs journées à discuter, dans l’incertitude totale quant à la reprise des activités.
À l’agence de voyage Mon âme loue l’Éternel, nous rencontrons des chauffeurs en pleine discussion sur la situation sanitaire de la province. Katembo Kasusa regrette que cette suspension affecte durement la survie de plusieurs familles des chauffeurs.
« Cette situation nous pénalise beaucoup. Nous vivons du trafic quotidien, c’est grâce à cela que nous trouvons de quoi nourrir nos enfants. La vie devient difficile, nous sommes sans activités et sans moyens de survie. Nous chômons », a-t-il déclaré.
Pour réduire l’impact de cette mesure sur leur quotidien, certaines agences ont renforcé leur collaboration avec les conducteurs de motos-taxis qui empruntent l’axe Butembo-Goma. Ces derniers leur transfèrent des clients et reversent également une rétrocommission, ce qui permet aux agences de survivre, confie Moïse Mumbere Vinywa, chauffeur à l’agence Nuru Safari Express.
« Ce sont les motards qui permettent à l’agence de gagner un peu d’argent. Sinon, nous, les chauffeurs de voitures, sommes sans activités. Aujourd’hui, le peu que les motards nous laissent nous permet de manger, c’est comme ça que nous survivons », témoigne-t-il.
Sur la route, c’est aussi un casse-tête pour les conducteurs des motos-taxis. Une fois à la barrière de Kitsombiro, ils sont obligés de passer par la quarantaine. Si certains y passent deux jours, d’autres y restent jusqu’à cinq jours en observation. Sous le sceau de l’anonymat, ce conducteur de taxi déplore cette mesure qui prolonge leur séjour en route.
« À Katondi, nous traversons la barrière des FARDC et, avant d’entrer à Kitsombiro, il y a une autre barrière. Là-bas, on peut nous retenir jusqu’à deux jours en observation pour vérifier si nous ne sommes pas atteints d’Ebola. Il n’y a rien à manger et nous passons la nuit en plein air, dans le froid », déplore-t-il.
Cette situation n’affecte pas seulement les chauffeurs. Elle touche également de nombreux habitants qui souhaitent se rendre à Goma. Faute de véhicules, certains sont contraints de voyager à moto, tandis que d’autres suspendent leurs déplacements. Ils dénoncent le coût élevé du transport et les conditions difficiles dans lesquelles ils voyagent. C’est le cas d’Ephrasie, une habitante de Bukavu, au Sud-Kivu, qui a du mal à rejoindre sa famille après son séjour à Butembo.
« Les conditions sont tellement difficiles. Le moyen de transport nous pénalise beaucoup, ainsi que le prix. Quand je suis venu en voiture, j’avais payé 40 dollars, mais aujourd’hui, pour rentrer à moto, on me demande entre 50 et 60 dollars, ça dépend. Mais, nous sommes obligés de voyager », s’indigne-t-elle.
L’Union des propriétaires de véhicules (UPV) Butembo déplore, elle aussi, l’impact négatif de la suspension du trafic sur l’axe Butembo-Goma sur le plan socio-économique des transporteurs. Muhindo Padone Wavindu, membre du secteur du transport au sein de cette structure, plaide pour la réouverture de la route, tout en appelant au renforcement des mesures de prévention contre Ebola.
« Nous ne savons pas comment les transporteurs vont continuer à vivre. Nous sollicitons l’intervention des autorités sanitaires afin de permettre à nos frères de reprendre le trafic vers Goma. C’est vraiment notre plus grande préoccupation », plaide-t-il.
Il est à préciser que la suspension du trafic est observée depuis plusieurs jours sur l’axe Butembo-Goma.
Didy Vitava
