Société Goma : le défi de l’intégration et de la survie pour les déplacés de guerre Admin Admin11 mars 2026055 views Plus d’un an après les hostilités qui ont secoué la ville de Goma en janvier 2025, plusieurs personnes déplacées se retrouvent encore incapables de regagner leurs villages d’origine, entre la peur de recommencer à zéro après la destruction de leurs champs et le manque de moyens pour organiser leur retour, certaines familles restent coincées dans la capitale provinciale du Nord-Kivu. Au quartier Lac Vert, ces déplacés tentent néanmoins de reconstruire leur vie à travers des initiatives communautaires de résilience. Dans ce quartier périphérique de Goma, d’anciens déplacés de guerre se sont regroupés au sein d’une association dénommée SELP (Solidarité pour l’Encadrement et la Lutte contre la Pauvreté). Cette organisation communautaire vise à permettre aux membres de subvenir, tant bien que mal, aux besoins essentiels de leurs familles. Selon son responsable, Mwami Aburebanji Nzabora Lambert, les membres de l’association s’adonnent à diverses activités génératrices de revenus, notamment l’agriculture, l’élevage de petits bétails comme les lapins et les poules, ainsi que le petit commerce de légumes tels que les tomates, les choux et d’autres produits maraîchers. « Nous pratiquons l’agriculture, nous élevons du petit bétail et nous participons à des programmes de microcrédit dans les AVEC. Mais aujourd’hui, nous n’avons plus aucun moyen de subsistance, plus de terre », explique-t-il. Composée de 152 membres, tous arrivés à Goma durant la période des affrontements de janvier 2025, cette association constitue pour plusieurs familles un moyen de réduire leur dépendance à l’aide humanitaire. Grâce à cette solidarité, certains parents parviennent encore à payer les frais scolaires de leurs enfants et à couvrir d’autres besoins essentiels. Cependant, les difficultés restent nombreuses. Faute de terres agricoles, les membres cultivent parfois sur des parcelles inoccupées appartenant à des particuliers. Une situation précaire qui les expose à des expulsions imprévues. « Les parcelles inoccupées sont transformées en champs de légumes comme les oignons, les choux, l’amarante ou les aubergines. Mais lorsque les propriétaires se fâchent, ils nous mettent à la porte, même si les cultures sont déjà en croissance », déplore le responsable de l’association. À cela s’ajoute le manque d’outils agricoles, de semences et de médicaments pour traiter les plantes. Les pertes de récoltes sont fréquentes, ce qui fragilise davantage ces initiatives de survie. Malgré leur détermination à reconstruire leur autonomie, les membres de l’association SELP continuent de faire face à d’importants obstacles. Pour tenter de maintenir leurs activités, ils cotisent parfois entre eux afin d’acheter quelques produits agricoles ou payer la location de petites parcelles. Mais ces efforts restent insuffisants. Face à cette situation, les responsables de l’association lancent un appel aux organisations humanitaires afin d’obtenir un appui qui leur permettrait de renforcer leurs activités et d’améliorer les conditions de vie de ces familles déplacées vivant encore à Goma. Ibrahim Lukoo