Goma : le projet de loi sur l’action humanitaire suscite l’inquiétude

Le consortium REMED–CORACON a organisé ce jeudi 2 avril 2026 une journée portes ouvertes consacrée au plaidoyer pour une communication humanitaire renforcée. Au centre des discussions : l’avant-projet de loi sur l’organisation de l’action humanitaire en République démocratique du Congo, un texte qui suscite à la fois espoirs et préoccupations parmi les partenaires humanitaires et les bailleurs internationaux.

Au cours de cette rencontre, les participants ont analysé les différentes dispositions de l’avant-projet de loi, en s’appuyant notamment sur la déclaration conjointe des bailleurs internationaux et les observations du Bureau de la coordination des affaires humanitaires (OCHA).

Si les partenaires saluent la volonté du gouvernement congolais d’améliorer la coordination et la transparence dans la gestion de l’aide humanitaire, plusieurs inquiétudes ont été soulevées. En effet, certains estiment que la RDC dispose déjà d’un cadre légal fonctionnel, rendant la nécessité d’une nouvelle loi sujette à débat.

Parmi les points jugés préoccupants figurent certaines dispositions pouvant entraîner la pénalisation de pratiques administratives ou encore la suspension d’organisations humanitaires sur des bases jugées trop larges. Selon les participants, ces mesures pourraient fragiliser le travail des acteurs humanitaires et décourager leur engagement sur le terrain.

Autre sujet d’inquiétude : la définition très étendue des acteurs humanitaires dans le texte. Les bailleurs craignent qu’elle n’entraîne une confusion entre acteurs humanitaires, politiques et militaires, ce qui pourrait compromettre les principes de neutralité et de sécurité.

Le rôle attribué aux forces de sécurité dans la facilitation de l’accès humanitaire a également été critiqué. Plusieurs intervenants estiment que cela pourrait affecter l’indépendance des organisations et compliquer leur relation avec les communautés bénéficiaires.

Cependant, certains aspects du projet ont été accueillis favorablement, notamment la volonté de renforcer les organisations locales et d’accroître leur accès aux financements. Les partenaires recommandent toutefois une mise en œuvre progressive afin d’éviter toute perturbation du système de financement existant.

Enfin, les bailleurs ont insisté sur la nécessité de respecter les principes du droit international humanitaire et ont appelé, avec l’appui d’OCHA, à une révision du texte afin de trouver un équilibre entre encadrement légal et efficacité de l’action humanitaire.

Cette journée portes ouvertes aura permis de mettre en lumière les enjeux majeurs liés à l’avant-projet de loi sur l’action humanitaire en RDC. Entre volonté de réforme et préoccupations des partenaires, le dialogue engagé apparaît essentiel pour garantir un cadre légal adapté, respectueux des principes humanitaires et favorable à une assistance efficace aux populations vulnérables.

Magloire Mutulwa

Related posts

Sud-Kivu : les artistes en première ligne pour la consolidation de la paix

Rutshuru : le cri de détresse des entrepreneurs en situation de handicap

Sud-Kivu : plus de 3 000 victimes d’éboulements sans aucune aide à Mudusa