Lubero : la chute du taux de change impacte sur les opérations mobile money

Depuis la fermeture des banques locales après la chute de la ville de Goma entre les mains du M23-AFC, les habitants n’ont plus d’autre choix que de se tourner vers les services de mobile money pour recevoir leur argent, payer leurs besoins ou soutenir leurs familles. Mais cette solution, censée faciliter la vie, devient à son tour un casse-tête quotidien dans le territoire de Lubero, au Nord-Kivu.

Dans plusieurs villages, dont Kanyabayonga, les utilisateurs de M-Pesa ou Airtel money attendent parfois deux à trois jours, voire une semaine, avant de pouvoir retirer leur argent. Et quand enfin ils y parviennent, une autre difficulté se présente : le taux de change instable et incohérent entre les réseaux de télécommunication et les marchés locaux.

« Nous utilisons M-Pesa pour nos salaires, mais quand on retire, on nous demande encore de payer un surplus », raconte Kasereka Jonathan, Directeur adjoint de l’école primaire Maendeleo. « Le taux change varie sans arrêt : on peut nous donner 2 450 francs pour un dollar, alors qu’au marché, le même dollar se négocie à 2 900 ou 3 000 francs ».

Cette différence crée une double perte pour les enseignants, fonctionnaires et petits commerçants déjà fragilisés par la crise économique. Aline, une éducatrice rencontrée au même village, confie son désarroi :

« Quand nous avons des dollars, le taux baisse ; quand nous avons des francs, il monte. On ne sait plus sur quel pied danser. Que les autorités rendent le taux uniforme dans tout le pays ! ».

Pour Kakule Sitsomwa Montaigne, un autre enseignant, la situation devient insoutenable : « Nos guichets sont fermés, les prix montent, et le taux de change nous écrase. Nous demandons au gouvernement de stabiliser l’économie et de protéger les pauvres citoyens ».

Dans une région où les applications financières sont devenues le dernier recours faute de banques, les habitants de Lubero appellent les autorités à harmoniser le taux de change et à encadrer les maisons de transfert mobile, afin que la technologie reste un espoir, et non un piège, pour ceux qui résistent encore face à la guerre et à la pauvreté.

Lucifer Shahuku Musumba

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