À Kiwanja, dans le territoire de Rutshuru, plusieurs patients pourtant déclarés guéris, restent bloqués dans des structures sanitaires faute de moyens pour régler leurs factures médicales. Une situation qui les expose à de nouvelles difficultés, notamment sur le plan sanitaire et alimentaire. C’est le constat fait par notre reporter au Centre de santé de référence Mapendo, où une dizaine de patients vulnérables n’arrivent toujours pas à regagner leurs domiciles.
Dans les couloirs du Centre de santé de référence Mapendo, c’est un va-et-vient incessant. Des proches apportent de la nourriture aux malades tandis que les personnels soignants s’activent auprès des patients. À l’extérieur, non loin des salles d’hospitalisation, certains malades prennent l’air. Parmi eux, deux hommes assis côte à côte. Leurs visages traduisent l’inquiétude. Ils sont pourtant déclarés sortis de l’hôpital, mais restent retenus dans la structure faute de moyens pour payer leurs factures.
Le premier s’appelle Saidi Byigero. Il affirme être bloqué depuis deux semaines après avoir été agressé par des bandits. Soigné pour ses blessures, il dit ne disposer d’aucun moyen financier pour régler sa facture.
« Je suis tombé sur des bandits qui m’ont tabassé et grièvement blessé. Ici, on m’a soigné mes plaies et autres. Ma doléance, c’est de demander seulement de l’aide car je n’ai pas d’argent. Ici, je perds du temps, je reste pour rien. Ma crainte, c’est que je risque d’attraper encore le paludisme ici alors que je n’ai même pas pu payer la première facture », a-t-il laissé entendre.
À quelques mètres de lui, James Yosia vit une situation similaire. Il séjourne dans cette structure depuis près de deux mois, alors que son intervention chirurgicale est déjà terminée. Il explique avoir été opéré pour une hernie et être aujourd’hui guéri, mais incapable de payer sa facture évaluée à 619 600 francs congolais.
« Je suis arrivé ici gravement malade. J’ai été opéré pour un problème de hernie. Je suis déjà guéri, mais je n’ai pas trouvé l’argent pour payer, soit 619 600 francs congolais. Je demande n’importe quelle aide. Même auprès des responsables de ce centre, s’il est possible d’avoir un petit travail à faire ici à l’intérieur, je suis prêt, pour au moins m’aider à payer petit à petit », rapporte James Yosia.
Direction la maternité. on y retrouvons Kasoki Zawadi, occupée à laver son bébé. Elle a accouché par césarienne, et doit encore s’acquitter d’une facture de 85 dollars. Selon son témoignage, son enfant est également tombé malade durant son séjour à l’hôpital. Sans ressources suffisantes pour se nourrir et payer les soins, elle dit avoir traversé une période particulièrement difficile.
« J’ai accouché par césarienne. La facture est de 85 dollars. Ici, mon enfant est même tombé malade. Toute cette situation m’a fait tomber par terre parce que j’avais la tête troublée. Ce sont mes voisines de chambre qui m’ont réanimée et consolée. Je demande de l’aide, j’ai beaucoup souffert ici depuis longtemps. Pour la nourriture, ce sont les gardiens d’ici qui quémandent pour moi là-bas », explique-t-elle.
Sur place, la responsable du Centre de santé de référence Mapendo, Sœur Pascaline Kasolene indique qu’une dizaine de malades en situation de vulnérabilité se trouvent dans une situation similaire. Elle estime que ces patients pourraient, au moins, négocier une partie des montants dus afin d’alléger leurs dettes.
Elle appelle les personnes de bonne volonté ainsi que les organisations œuvrant dans le secteur de la santé à leur venir en aide. Selon elle, cet appui permettrait non seulement aux patients de regagner leurs familles, mais aussi à la structure sanitaire de récupérer des ressources nécessaires à l’achat de médicaments et à la prise en charge d’autres malades.
À Kiwanja, le cas de ces patients met en lumière les difficultés auxquelles sont confrontées certaines personnes vulnérables après leur prise en charge médicale. Bien que déclarés guéris, ils restent dans les structures sanitaires faute de pouvoir régler leurs factures, avec le risque de s’exposer à de nouvelles difficultés sanitaires et sociales. Un appel est donc lancé aux bienfaiteurs, aux autorités et aux organisations humanitaires afin de soutenir ces patients et de leur permettre de retrouver leurs familles.
Wilson Jean-Nepon Mutwaranyi
