À Kasha, dans le territoire de Rutshuru, la survie passe parfois par des métiers aussi pénibles qu’ingénieux. Veuve et mère de six enfants, Madame Claudine Kamara, 35 ans, déplacée de guerre originaire de Kisharo, sur l’axe Kiwanja-Ishasha, a choisi de se battre pour sa famille en sculptant des mortiers en bois. Un travail quotidien qui lui permet de payer son loyer, de nourrir ses enfants et de faire face aux autres besoins de son foyer.
Installée dans une petite maison de trois chambres aux toitures en tôles usées, Claudine Kamara exerce son métier du lundi au dimanche, selon ses propres horaires. À l’aide d’une hache, d’une machette et d’un bois, elle façonne des morceaux de bois de volume moyen pour en faire des mortiers destinés à la vente.
Selon leur taille, ses mortiers sont vendus à 3, 5, 8 ou 10 dollars américains. Malgré les difficultés liées à son activité, Claudine affirme que la demande reste importante. Certains clients passent directement leurs commandes et reviennent récupérer leurs produits, tandis que d’autres mortiers sont confiés à ses enfants pour être vendus au marché.
« Le travail que je fais, c’est celui de la sculpture des mortiers. Avec ce travail, je me trouve mieux. […] Ça m’aide beaucoup. Il paie le loyer, prend en charge mes enfants et autres besoins », témoigne-t-elle.
La fabrication de ces mortiers constitue également une activité familiale. Claudine initie progressivement ses enfants à ce métier afin qu’ils puissent, eux aussi, contribuer à la subsistance du foyer.
Autrefois, la mère de famille se rendait directement dans le parc à la recherche des arbres nécessaires à la fabrication de ses mortiers. Aujourd’hui, elle affirme acheter le bois auprès de revendeurs. Une évolution qui ne dissipe toutefois pas les préoccupations liées à la pression exercée sur les ressources forestières.
Pour l’environnementaliste Job Kasereka Mwimbi, membre du Cadre de concertation communautaire pour la protection des Virunga (CACOPVi), la pratique doit être accompagnée d’une prise de conscience environnementale. Il craint notamment que certains artisans soient tentés de pénétrer frauduleusement dans le Parc national des Virunga pour y chercher du bois.
« La forêt est en train de disparaître, ce qui nous amène même à ce que nous appelons les changements climatiques. Pour aider, tout le monde doit songer au reboisement pour lutter contre le réchauffement climatique », souligne-t-il.
L’enjeu est donc double : permettre à des familles vulnérables de gagner leur vie tout en préservant les ressources naturelles dont dépend leur activité. Pour ces artisans, le bois représente une source de revenus indispensable, mais sa disponibilité future dépend aussi de la protection et du renouvellement des arbres.
À Kasha, le parcours de Claudine Kamara illustre la capacité de certaines femmes déplacées à transformer une situation de précarité en une activité génératrice de revenus. Ses mortiers ne sont pas seulement des objets destinés aux marchés : ils représentent pour elle un moyen de nourrir ses six enfants, de payer son logement et de reconstruire progressivement sa vie.
Mais derrière cette initiative de survie se pose une question essentielle : comment concilier les besoins économiques des familles avec la préservation de l’environnement ? Pour Claudine et les autres sculpteurs, la réponse pourrait passer par une utilisation responsable du bois et par le reboisement, afin que l’espoir qu’ils tirent de la forêt ne contribue pas à sa disparition.
Kefa Kengete Jean-Marie
