Plusieurs déplacés venus des groupements de Binza et de Busanza, en chefferie de Bwisha, se trouvant à Kiwanja, dans le territoire de Rutshuru affirment traverser une période particulièrement difficile. Installés depuis plus de six mois dans des familles d’accueil, ils peinent désormais à subvenir à leurs besoins quotidiens.
Selon les témoignages recueillis, ces familles déplacées, souvent composées de cinq à six personnes, vivent chez des habitants de Kiwanja qui les soutiennent depuis leur arrivée. Toutefois, les conditions de vie se détériorent de plus en plus. Les familles hôtes, déjà nombreuses et disposant de moyens limités, peinent à nourrir un effectif devenu trop important. La charge qu’elles supportent devient lourde, et fragilise l’équilibre de leur propre subsistance.
« Nous faisons recours aux travaux journaliers dans les champs », confie un déplacé. « Nous cultivons pour les autres et, en échange, ils nous paient. Sans cela, nous ne pouvons pas manger. Quand les enfants tombent malades, nous ne savons pas quoi faire ». Ces propos traduisent la précarité du quotidien que vivent bon nombre de déplacés dans la région.
Une autre femme, rencontrée sur place, décrit une situation tout aussi alarmante : « Manger ici devient difficile. Nous avons fui les mains vides, sans casseroles, sans bidons, ni couvertures ». Pour beaucoup, le départ précipité de leurs villages n’a laissé aucune possibilité d’emporter le nécessaire pour survivre dignement.
Cependant, les familles d’accueil, elles aussi, commencent à ressentir le poids de cette solidarité prolongée. « Ceux qui nous ont accueillis ont aussi des enfants. Nous manquons de quoi manger, eux aussi. Nous n’avons même pas d’argent pour louer un abri », a déclaré un autre déplacé, interrogé par Habari za Mahali.
Un homme originaire de Kiseguru témoigne à son tour : « Je vis ici en famille d’accueil, mais je n’ai aucun moyen de vivre ». Ces voix, réunies, traduisent une détresse partagée et un sentiment d’abandon face à une situation humanitaire qui s’enlise.
Dans leurs appels, les déplacés lancent un message clair aux autorités locales et nationales. « Que les autorités essuient nos larmes », implorent-ils. « Nous avons seulement besoin de trouver à manger. Nous avons besoin d’aide pour survivre, nous souffrons fort ». Ce cri du cœur reflète une urgence humanitaire que beaucoup redoutent de voir s’aggraver sans intervention rapide.
Face à la précarité, certains déplacés ont commencé à regagner leurs villages d’origine, notamment dans les zones où un calme relatif semble revenir. Mais selon le constat, ces familles retournées font encore face à d’énormes difficultés dont l’absence de moyens, d’abris et d’accès aux besoins essentiels.
Pour rappel, la localité de Kiwanja se situe à environ 73 kilomètres de Goma par la route, selon le site distancede.com. Dans cette partie du territoire de Rutshuru, les déplacements massifs dus à l’insécurité continuent d’exercer une forte pression sur les communautés d’accueil, déjà fragiles.
Vianney Watsongo
