Longtemps considéré comme un métier réservé aux hommes, la cordonnerie est aujourd’hui exercée avec fierté par de nombreuses femmes dans la ville de Goma, au Nord-Kivu. Malgré les défis importants auxquels elles font face, ces femmes parviennent à subvenir aux besoins de leurs familles.
Brisant les stéréotypes, Espérance Mwenga, cordonnière dans la commune de Karisimbi, explique la particularité de son métier dans le contexte actuel :
« Nous n’arrivons plus à nous en sortir à cause de la situation économique. Avant, ça allait, mais en cette période, il y a beaucoup de difficultés. Comme il n’y a plus de voies aériennes, les commandes ont cessé », rapporte-t-elle.
Malgré la situation, cette entrepreneure reste déterminée à satisfaire sa clientèle :
« Merci à tous nos consommateurs car ce sont eux, nos employeurs, qui passent leurs commandes. Nous sommes prêts à les servir malgré la situation. Nous porterons toujours des sandales car nous ne pouvons pas marcher pieds nus ».
Pour maître Didier Balume, analyste des questions sociales, les femmes doivent s’approprier sans crainte les métiers traditionnellement masculins. Cependant, il souligne que cette évolution nécessite une éducation collective pour combattre les stéréotypes.
« Le marché de l’emploi n’est pas sûr en ce moment. Les femmes peuvent tout faire. Avec un peu d’engagements, de sensibilisations et de formations, elles peuvent accomplir tout ce que les hommes faisaient auparavant. Nous avançons vers l’autonomisation des femmes. Pour renverser les préjugés et contredire les stéréotypes, il faut passer par l’éducation. La famille a un rôle important à jouer, tout comme l’école, qui joue un rôle majeur dans la sensibilisation », conscientise-t-il.
Signalons qu’à Goma, les barrières tombent : les professions dites « masculines » ne sont plus la chasse gardée des hommes, portées par une nouvelle génération de femmes talentueuses.
Laila Kayuya
