Dans la commune rurale de Masisi, une pratique inquiétante prend de l’ampleur : le Plumpy’Nut, un aliment thérapeutique destiné aux personnes souffrant de malnutrition, est vendu et consommé sans prescription médicale. Une situation qui alarme les professionnels de santé, au regard des risques encourus par les consommateurs non concernés.
Le Plumpy’Nut est un produit spécifiquement conçu pour le traitement de la malnutrition aiguë, notamment chez les enfants âgés de 6 à 59 mois, mais aussi chez certains adultes malnutris.
Selon Madame Céline Mirimo, nutritionniste-diététicienne à l’Hôpital Général de Référence de Masisi, ce produit ne doit être consommé que par des patients diagnostiqués.
« Normalement, le Plumpy’Nut est destiné aux enfants de 6 à 59 mois souffrant de malnutrition, ainsi qu’aux adultes dans la même situation. Ce sont les seules catégories qui peuvent le consommer sans problème », précise-t-elle.
Cependant, sur le terrain, ce médicament thérapeutique est accessible sur les marchés locaux, où il est vendu et consommé comme un aliment ordinaire. Une dérive qui expose les populations à de graves conséquences sanitaires.
« Le Plumpy’Nut est contre-indiqué pour les personnes en bonne santé. Comme tout médicament, sa consommation inappropriée peut entraîner des maladies métaboliques telles que le diabète, l’hypertension, l’insuffisance rénale ou encore la goutte », avertit Madame Mirimo.
Selon cette spécialiste, la présence du produit sur le marché s’explique par deux circuits principaux. D’une part, certaines familles bénéficiaires revendent une partie des rations reçues pour leurs enfants. D’autre part, des cas de détournement impliquant certains agents de santé sans scrupules sont également signalés.
« Il y a la dimension communautaire, où certaines personnes revendent les rations distribuées. Mais il y a aussi un problème au niveau des structures, où certains personnels de santé, par manque d’éthique, mettent ces produits en vente », déplore-t-elle.
Face à cette situation, elle lance un appel ferme à la population : ne pas acheter, vendre ni consommer ce produit en dehors d’un cadre médical.
« Le Plumpy’Nut ne doit pas être vendu. C’est illégal. Ce n’est pas un aliment ordinaire, mais un médicament. Il doit être considéré comme tel, au même titre que le paracétamol ou la quinine », insiste-t-elle.
Alors que les cas de malnutrition ne cessent d’augmenter à l’Hôpital Général de Référence de Masisi, notamment en raison de la crise actuelle, le détournement et la mauvaise utilisation du Plumpy’Nut constituent une menace supplémentaire pour la santé publique.
Une prise de conscience collective, accompagnée de mesures strictes, s’impose pour protéger les populations et garantir que ce traitement vital atteigne les personnes qui en ont réellement besoin.
Fabrice Rwanamiza
